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29/02/2012

Quand Ikea fidélise ses clients....(dessin Mercenier)

 

Quand Ikea fidélise ses clients....(dessin Mercenier)

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Espionnage : quand Ikea faisait son marché dans les fichiers de police (rue 89)
 
Le géant suédois de l'ameublement Ikea n'hésitait pas à piocher, via Sûreté International, une société de sécurité française, dans plusieurs fichiers de police, dont le Stic (le Système de traitement des infractions constatées), une base de données de plusieurs dizaines de millions de noms critiquée pour ses nombreuses inexactitudes.
Une série d'e-mails internes à la société que s'est procurés Le Canard enchaîné montre qu'à partir de 2003, la direction du risque de la branche française de l'enseigne suédoise a régulièrement demandé à vérifier l'appartenance de numéros de téléphone, si tel salarié ou client était « connu des services », ou si la voiture qu'il utilisait était bien « immatriculée à [son] nom ».
 

 

« Risque de menace écoterroriste ? »

Petit florilège des demandes – concernant parfois plus de 200 personnes à la fois – formulées par Ikea, relevé par Le Canard [les fautes et abréviations sont d'origine, ndlr] :

« Personne en embauche sur le magasin de Paris Nord. Merci de me donner son casier. »

« Possible de savoir qui est le proprietaire de ce véhicule svp ? »

« Son discours est antimondialiste, ses méthodes “vieille garde CGT” (se bouche les oreilles et repetent sans cesse la meme chose concernant ses acquis). Syndicalisme ? correspond pas trop au profil de sa dame. Prosélytisme divers ? ATAC ou autres ? Risque de menace ecoterroriste ? »

Le Stic regroupe des informations relatives à tous les individus impliqués dans une infraction (auteurs présumés et victimes) et interpellés par la police. C'est aussi un fichier très critiqué. Lors d'une inspection en 2008 par la Cnil, il est apparu que seules 17% des fiches concernant les individus mis en cause étaient exactes.

L'ancien PDG dément

Comment l'entreprise Sûreté International a-t-elle eu accès à ce fichier ? Contacté par Rue89, l'ancien PDG de l'entreprise (il a souhaité garder l'anonymat) – qui a « modifié son activité » en 2005 – « dément formellement » toute implication et soupçonne certains de ses anciens salariés d'avoir travaillé derrière son dos :

« C'est impossible, ce n'est pas ce qu'on fait, c'est illégal ! On travaille pour Ikea – nous fournissons de la formation et nous créons des procédures de sécurité. Certains de mes salariés ont monté un cabinet parallèle, en profitant des connexions qu'on avait avec la direction. Ils ont été licenciés pour faute en 2004 [notamment Yann Messian, mentionné par le Canard, ndlr], et il y a eu un procès pour concurrence déloyale. »

L'accès non autorisé à ce fichier est en tout cas sévèrement réprimé : un commandant de police qui avait exhumé les fichiers de Johnny Hallyday et de Jamel Debbouze pour dénoncer le manque de fiabilité du fichier a été mis en examen pour « détournement de données confidentielles » et violation du secret professionnel. 100 000 personnes sont habilitées à accéder à ce fichier, qui est consulté 20 millions de fois par an.

Les avocats des syndicats de salariés ont annoncé déposer une plainte mercredi matin.

 

Ikea, loin du modèle suédois

Début 2010, un mouvement de grève avait touché certains magasins Ikea en France, afin de demander une augmentation des salaires. Un salarié, interrogé par Rue89, expliquait que Ikea France « ne suit pas le vrai concept de rémunération comme le fait la Suède ».

L'été dernier, les employés d'un magasin Ikea de Virginie, aux Etats-Unis, se fédérait en un syndicat pour dénoncer « un management digne des plantations », pointant du doigt les rythmes de travail, les discriminations et les heures supplémentaires obligatoires. Une affaire qui avait fait grand bruit en Suède, où les salariés du groupe sont bien mieux traités et où l'entreprise est souvent citée en modèle.

Un modèle qui avait déjà été sérieusement ébranlé par la parution en 2010 de « Sanningen om Ikea » (« La Vérité sur Ikea »), un livre choc dans lequel un ancien haut dirigeant accusait la firme de racisme et de népotisme. Et dénonçait, déjà, l'utilisation de méthodes de surveillance de ses employés dignes « de la Stasi ». (RUE 89 )

 

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