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08/08/2011

La bourse ou la vie ? (dessin Mercenier)

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La Chine a réagi avec une hargne inhabituelle à la crise de la dette américaine.
AnalyseContrairement aux autres puissances économiques, la Chine a réagi avec une véhémence inhabituelle et remarquée à l'abaissement de la note souveraine américaine par l'agence Standard & Poor's.
" Les jours où l'oncle Sam, perclus de dettes, pouvait facilement dilapider des quantités infinies d'emprunts contractés à l'étranger, semblent comptés ", écrivait ainsi samedi l'agence officielle "Chine nouvelle", selon qui Pékin " a désormais tous les droits d'exiger des Etats-Unis qu'ils s'attaquent à leur problème structurel d'endettement ". Et pour ce faire, estime l'agence, les Américains doivent tout simplement en " revenir à un principe de simple bon sens : vivre selon leurs moyens ".
 
Si le conseil paraît effectivement frappé au coin du bon sens, la leçon ainsi donnée à la première puissance de la planète et l'irritation qu'elle trahit ne manquent pas d'étonner.
D'abord parce que la Chine nous a habitués à une diplomatie fondée sur la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats et, par voie de conséquence, à des commentaires généralement feutrés sur les problèmes que peuvent rencontrer les gouvernements étrangers.
Ensuite parce que, tout en encourageant dans la pratique un capitalisme sauvage, les dirigeants chinois se réclament toujours du marxisme-léninisme. Il y a dès lors quelque chose d'étrange et de paradoxal à voir un Etat communiste s'émouvoir de la crise qui sévit dans les pays capitalistes (et dans le plus grand d'entre eux en particulier) et s'employer à leur administrer des leçons de bonne gestion.
 
Il y a probablement plusieurs explications à cette attitude, qu'on pourrait résumer par une formule qui prêterait à sourire si la situation n'était pas aussi grave : alors que Mao raillait naguère l'Amérique en la ravalant au rang de "tigre de papier", les dirigeants chinois n'ont visiblement nulle envie qu'elle devienne aujourd'hui un "tigre de papier-monnaie".
C'est ainsi qu'il faut comprendre les recommandations faites encore par "Chine nouvelle" quand elle préconise de " mettre en place une surveillance internationale sur la question du dollar américain " ou de considérer la création d'une " nouvelle monnaie de réserve, stable et sûre ( ) pour éviter qu'une catastrophe soit provoquée par un seul pays ".
 
Si la Chine est aussi remontée, c'est d'abord parce qu'elle est le premier créancier des Etats-Unis (quelque 1 200 milliards de dollars en bons du Trésor, soit 8 % de la dette américaine). Et comme tout créancier, elle tient à récupérer un jour ses fonds. D'où le rappel à l'ordre nullement désintéressé qu'elle vient d'adresser à son débiteur obligé.
Mais si une faillite de l'Amérique est bien la dernière chose que la Chine souhaite, c'est aussi parce que l'économie chinoise est étroitement dépendante des performances de l'économie américaine. Qu'on songe que les Etats-Unis ont importé pour près de 300 milliards de dollars de produits chinois en 2009. Plus généralement, une crise américaine aurait des répercussions mondiales, lesquelles pénaliseraient aussi la Chine.
Enfin, l'exploitation politique des événements n'est pas à négliger. Pour la Chine qui se fait régulièrement tancer à propos des droits de l'homme, du taux de change du yuan ou de l'environnement, il est on ne peut plus agréable de pouvoir à son tour chapitrer les Etats-Unis, a fortiori sur un dossier qui permet à Pékin de rendosser ses habits de leader des pays en voie de développement pour fustiger le mode de vie et la façon de gouverner des nations les plus riches.
Le contexte s'y prête par ailleurs très bien puisque Washington se prépare à vendre de nouveau des armes à Taiwan, un profond irritant dans les relations sino-américaines depuis la normalisation forgée par Richard Nixon en 1972.
 
Au-delà des contingences immédiates, toutefois, il n'est pas interdit de voir dans la sortie de la direction chinoise un message à plus long terme et à la signification beaucoup plus lourde. En sermonnant vertement les Américains, en fustigeant une nation qui vit honteusement au-dessus de ses moyens et au crochet des autres (notamment du laborieux peuple chinois), en remettant en cause la sacro-sainte vocation du dollar à servir de monnaie de référence, la Chine ne veut-elle pas tout simplement s'imposer en tant que nouveau phare de l'économie mondiale ?
Celle qui sera un jour prochain la première économie de la planète entend faire savoir que c'est bientôt autour de Pékin, et non plus de Washington et New York, que le monde gravitera. Dans ce cas, le coup de gueule chinois de ce week-end fait surtout figure de coup de semonce.


 

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