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11/04/2011

Les professionnels du nucléaire y croient encore ! (dessin Mercenier)

afriquejapon.jpg"Je persiste à penser que [le nucléaire] est un mode de production d'électricité essentiel en France et les compétences acquises par EDF sont immenses", explique un ingénieur en calcul de tuyauterie pour l'EPR. "L'accident de Fukushima nous montre la nécessité d'une attention permanente, renchérit un ingénieur d'exploitation dans une centrale. A EDF, nous avons déjà commencé à tirer tous les enseignements possibles de cet accident. Les difficultés rencontrées par Tepco avec les matériels de sauvegarde nous ont amenés par exemple à réaliser un bilan complet de l'ensemble de nos matériels de sauvegarde." Pour cet ingénieur, la "confiance dans l'atome" n'est pas ébranlée – "le contraire serait inquiétant pour nos concitoyens", souligne-t-il –, mais "notre souci d'exemplarité est évidemment renforcé par cet accident".
Beaucoup de professionnels contactés estiment que l'accident de la centrale de Fukushima servira in fine à renforcer les exigences de sûreté des centrales et rend donc d'autant plus nécessaire leur métier. "L'accident de Fukushima n'a pas, dans mon activité, provoqué d'importante remise en question sur nos manières de faire, note un ingénieur en démantèlement nucléaire. Cela constitue surtout depuis plusieurs semaines un sujet de discussion intéressant entre collègues." Ce cadre du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) relève que "l'accident a rappelé à beaucoup d'entre nous les risques auxquels certains pays doivent faire face", mais en France, "le risque d'exposition de la population est dérisoire ; la polémique interne sur ce point me paraît donc inappropriée".
COMMENT LE SECTEUR SÉDUIT LES DIPLÔMÉS

Tous ne partagent pas cet optimisme. Un ingénieur dans les servitudes nucléaires – les tâches de deuxième niveau de maintenance et de préparation des réacteurs – confie : "L'accident de Fukushima m'a vraiment perturbé et me pousse à réfléchir sur mon choix professionnel à court et moyen terme : rester dans le domaine du nucléaire (et participer à l'élévation du niveau de sûreté des installations) ou changer de métier ?" Employé depuis douze ans par Areva, ce cadre explique s'être toujours posé des questions : "J'ai fait des études d'environnement et je n'étais pas pro-nucléaire à la base. Mais je trouvais que ce secteur était motivant et que les inquiétudes autour du risque nucléaire nous motivaient à travailler encore plus consciencieusement."
L'attrait de l'industrie du nucléaire est évident pour les jeunes diplômés sortis d'école ou de faculté : le secteur recrute plus que d'autres secteurs de l'énergie, et à des salaires et conditions sociales bien plus avantageuses. Une rapide recherche sur les moteurs Web d'offres d'emplois dans le nucléaire en témoigne, tout comme le parcours d'un jeune ingénieur, raconté par le magazine L'Etudiant, qui n'a eu qu'à choisir entre un poste chez EDF ou chez Areva à sa sortie d'école. Une trajectoire alléchante quand on connaît les difficultés de nombreux diplômés pour décrocher un premier emploi.
"ON VA FAIRE QUOI ?"
Selon le cadre d'Areva contacté, qui envisage une reconversion dans les énergies renouvelables – "idéalement dans le solaire thermique" –, plusieurs collègues partagent son analyse sur l'impasse vers laquelle se dirige l'industrie nucléaire. Mais nombre d'entre eux se disent que ce n'est pas à leur niveau que les grandes orientations nationales vont changer. "La première question qu'ils se posent, c'est : si on change de secteur, on va faire quoi ? On ne va pas cramer du pétrole pour faire de l'électricité ! Et puis il y a l'argument financier", souligne-t-il.
Pour lui, sa décision de reconversion est prise, même si retrouver un autre poste prendra du temps. "Fukushima est le troisième accident grave en 30 ans et je ne suis plus en accord avec le développement du nucléaire, conclut-il. Mes craintes initiales, qui relevaient plus de croyances, se sont transformées en craintes fondées sur le terrain. Le niveau de sûreté est chaque année plus élevé, mais le dispositif et le procédé sont de plus en plus complexes et à terme, le nucléaire ne sera plus compétitif par rapport aux autres énergies."
DÉSINFORMATION

Reste que pour beaucoup de professionnels du secteur, la source du malaise vient surtout de la mauvaise information distillée par les médias au public. "Les journalistes sont mal informés. Donc le public est mal informé. C'est ça aujourd'hui le mal-être des professionnels du nucléaire, proteste un ingénieur mécanique. La production électrique nucléaire française a des défauts, mais elle est plus surveillée que n'importe quelle autre. Les accidents comme ceux de Fukushima sont dramatiques, ils doivent nous permettre d'avancer et nous rappellent l'importance des risques que nous devons maîtriser. Mais l'industrie nucléaire reste une industrie de pointe et d'avenir."
Convaincus de l'utilité de leur métier, des ingénieurs et chercheurs se sentent ainsi renforcés dans leur certitude qu'ils ont une mission à remplir : "La tragédie de Fukushima nous rappelle à quel point nous sommes responsables, note un ingénieur dans la sûreté nucléaire, spécialiste des agressions externes (séisme, inondations). Nous avons le devoir de rester alertes afin de pouvoir déceler le moindre écart et devons être une force de conviction afin que l'autorité et l'exploitant adhèrent à nos propositions. La sûreté dans le nucléaire ne peut se reposer sur ses acquis et doit s'inscrire dans une démarche d'amélioration continue. C'est cette démarche qui me motive à continuer à travailler dans ce domaine."
Mathilde Gérard

06:07 Publié dans International | Lien permanent

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