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20/04/2009

Un petit tour d'Amérique latine et Obama s'en va ..(dessin actu)

Un petit tour d'Amérique latine et Obama s'en va ....
«L'Amérique latine est placée très bas dans l'agenda d'Obama»
InterviewAuteur d'un remarquable ouvrage sur les gauches latino-américaines, le journaliste Marc Saint-Upéry brise quelques idées reçues sur les relations entre Washington et ses voisins du sud.



Recueilli par FRANÇOIS MEURISSE











Doit-on s'attendre à une meilleure coopération entre les pays d'Amérique du Sud dirigés par des gouvernements de gauche et de centre-gauche et les Etats-Unis avec une administration démocrate?

De toute façon, ça ne peut pas être pire qu'avec Bush donc ce sera certainement meilleur! Mais l'Amérique latine est placée très bas dans l'agenda des urgences de la Maison Blanche et du Département d'Etat. Même en supposant une sortie pas trop chaotique d'Irak, l'Afghanistan et le Pakistan sont d'une tout autre priorité.

Même Cuba?

La levée de l'embargo, c'est la question du sommet des Amériques de ce week-end. L'embargo, tout le monde est d'accord là-dessus au Département d'Etat, est inefficace. Mais c'est désormais une affaire de politique intérieure. L'administration Obama - comme certains Républicains - est convaincue qu'il faudrait y mettre fin mais elle ne peut absolument pas se permettre en ce moment cette bataille politique et idéologique. Et puis ce n'est pas vital, Cuba ne pose pas de problème de sécurité. Il n'y a pas de missile nucléaire russe sur l'île! Cuba a plus besoin des Etats-Unis que le contraire, le «dialoguisme» est du côté de La Havane en ce moment.

Qu'en est-il du Venezuela, si souvent montré du doigt par Washington du temps de Bush et encore récemment par Hillary Clinton?

Je pense qu'une partie de l'establishment américain sait que Chávez ne représente aucune menace réelle. Mais il y a aussi parfois une véritable ignorance. Il y a moins de consensus sur le Venezuela que sur la question de l'embargo à Cuba. Le niveau d'analyse est moins élevé, l'expérience est plus récente... Et curieusement, c'est plus chez les Démocrates que l'on retrouve ces discours négatifs. Il y a chez eux une espèce de rhétorique et d'idéologie institutionnaliste et démocratique assez hypocrite en réalité car s'il est vrai que Chávez manipule les institutions de façon patente, d'autres régimes latino-américains l'ont fait avant. Quand ces pays sont des alliés et n'insultent pas les Etats-Unis, ce n'est même pas un sujet de discussion à Washington.

La relation personnelle entre Obama et Chávez est paradoxale...

Obama ne parle pas du Venezuela quand on ne lui pose pas la question. Et quand il en parle, il sort les clichés du centre libéral droit de l'hommiste... qui ne sont pas faux, mais à quoi faut-il les comparer? En termes politiques, le bilan de la Colombie est beaucoup plus grave que celui du Venezuela. D'un autre côté, il n'y a pas de ligne à Caracas. Une semaine c'est «Obama le frère noir» et la suivante «l'Empire qui ne change jamais». De toute façon, il ne faut pas oublier que Chávez, malgré le discours, est un pragmatique.

Vous refusez le raccourci des deux gauches continentales, l'une modérée, l'autre radicale. Existe-t-il malgré tout des similitudes entre les approches de certains gouvernements envers la nouvelle administration américaine?

Il y a tout de même trois choses semblables entre le Venezuela, l'Equateur et la Bolivie. La fragilité de l'opposition et des institutions; la dépendance de la rente (pétrole pour le Venezuela, pétrole, crevettes et bananes pour l'Equateur et gaz pour la Bolivie) et enfin le mythe «refondationnel» avec les nouvelles Constitutions. Mais aucun de ces éléments ne préfigure une unité de ton envers Washington. La polémique avec les Etats-Unis à la vénézuélienne n'existe quasiment pas en Equateur. Et en Bolivie, c'est le thème de la conspiration qui est le plus important. Conspiration vénézuélienne selon l'opposition; conspiration de la CIA selon les partisans d'Evo Morales. Bien entendu, les deux sont fausses. Quant aux Américains, ils font globalement profil bas. Les problèmes internes surdéterminent les politiques de chaque pays.

Le véritable géant de gauche du continent reste le Brésil. Avec Obama, les relations semblent au beau fixe...

Lula a vu Obama. Le ministère brésilien des Affaires étrangères m'a confirmé que ça s'est très bien passé. Qui plus est, au Brésil, Obama va être très populaire. Il y a là un aspect symbolique: le type de négritude un peu décomplexée d'Obama ressemble à la négritude brésilienne. Je serais curieux de voir la première visite d'Obama dans le pays: je pense qu'il y aura une idolâtrie populaire.

Les élections présidentielles brésiliennes en 2010 risquent-elles de changer la donne?

Je ne pense pas car au Brésil existe une diplomatie d'Etat, pas une diplomatie de gouvernement comme ailleurs sur le continent. Il y aura donc une continuité. Une continuité qui existe aussi aux Etats-Unis. Thomas Shannon (sous secrétaire d'Etat chargé de l'Amérique latine, ndlr), déjà en place sous Bush a été confirmé parce qu'il a participé au relatif assouplissement de l'administration lors de sa dernière année de mandat. Symboliquement, c'est cependant regrettable. Au-delà des récentes décisions envers Cuba, les Latino-Américains auraient pu espérer une autre nomination, un geste plus chaleureux.

Marc Saint-Upéry, «Le rêve de Bolivar, le défi des gauches sud-américaines», Editions de La Découverte

09:38 Publié dans International | Lien permanent

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